LA RÉSISTANCE FRANÇAISE (1940 – 1945)
A travers les Présidents de l’A.N.M.R.F

FRANCE LIBRE – FRANCE COMBATTANTE - ORDRE DE LA LIBÉRATION – MÉDAILLE DE LA RÉSISTANCE 

L’histoire de France comporte bien des soubresauts souvent heureusement maitrisés par des hommes d’exception. Le général de Gaulle a été l’un d’eux lorsqu’en riposte à la demande d’armistice formulée par le maréchal Pétain le 17 juin 1940, il lance, depuis Londres, à la B.B.C, le 18 juin, un appel à poursuivre le combat contre le nazisme aux cotés de nos alliés.
Cette incitation à la Résistance suscite le ralliement de volontaires qui, arrivant à rejoindre l’Angleterre, vont dès juin 1940 constituer l’embryon des unités F.F.L. Lesquelles vont se distinguer en Afrique avec Leclerc qui, parti du Tchad va s’emparer de Koufra, conquérir le Fezzan et rejoindre les Britanniques à Tripoli, mais aussi remporter, avec Kœnig, la bataille de Bir-Hakeim, comme participer aux meurtriers convois de l’Atlantique ou sur le front de l’Est subir le froid russe.
Mais cet appel du 18 juin 1940 va aussi, progressivement, faire naître sur le territoire national un maillage de Résistance Intérieure qui, s’appuyant et se fondant dans une vaste Résistance Civile, va être capable d’être de plus en plus efficace. Et cela malgré la présence d’unités militaires d’occupation, assistées d’une énorme force de répression réunissant, autour de la Gestapo, l’action des services de renseignements allemands assistés de la Milice Française et du service action Doriotiste. Force répressive qui considérant tout résistant arrêté comme un terroriste dépourvu de toute protection des lois de la guerre va, pour essayer d’obtenir des informations, banaliser l’emploi de la torture comme prononcer sans aucun recours des condamnations à des peines de prison, à la déportation en camps de concentration, à la peine de mort par fusillade ou pendaison. Et pour les déportés classés « NN » jugés en Allemagne, la condamnation à l’internement dans des prisons spéciales à sinistre réputation mais, le plus souvent, à la peine de mort par décapitation à la guillotine.
Malgré cette répression, les réseaux ont pu, globalement, remplir leurs missions comme ils ont toujours pu communiquer avec Londres et avec Alger. Il en est de même pour les commandos qui ont pu arriver à saboter régulièrement les lignes de chemin de fer ou à réaliser des actions ponctuelles telles des explosions de stocks de matériels militaires et de munitions au Parc d’Artillerie et à la caserne Bone à Grenoble. Ou, grâce au sacrifice de Pierre Ruibet1 (ci-contre), réaliser l’exploit de faire sauter le très important stock de munitions2 de la Kriegsmarine pour l’Atlantique et la Mer du Nord entreposé dans les carrières d’Heurtebize près de Jonzac (Charente Maritime). Quant aux maquis qui de refuge en particulier pour les réfractaires au S.T.O3 sans cesse pourchassés, ils vont passer, au cours de l’année 1943, de chassés à chasseurs grâce à l’apport de nombreux cadres de l’armée d’armistice dissoute en novembre 1942 et à l’arrivée par parachutages répétés d’un important stock d’armes légères, de munitions et d’explosifs. Ces derniers intervenant surtout après la montée des effectifs suivant le débarquement de Normandie qui allait permettre aux maquis d’être offensifs en pratiquant, compte tenu de l’écart de niveau des armes, la tactique du harcèlement avec décrochage rapide et dispersion et non celle d’une confrontation directe à l’issue incertaine et le plus souvent meurtrière.4
Et dans le même temps où le Vercors fixait 16.000 combattants allemands et de puissants moyens pendant plusieurs semaines, partout en France les maquis aidaient les alliés à progresser et à libérer rapidement la plus grande partie du territoire national.
Pour honorer d’une distinction exceptionnelle des actions de Résistance d’importance majeure le général de Gaulle crée, le 16 novembre 1940, l’Ordre de la Libération. Cet ordre a pour insigne la Croix de la Libération et ceux à qui le général de Gaulle l’attribue personnellement deviennent « Compagnon de la Libération ». 1.038 personnes ont reçu cette distinction. 317 d’entre elles sont mortes au combat. Ou, tel Jean Moulin, l’unificateur de la Résistance extérieure et Intérieure au sein du Comité National de la Résistance arrêté à Caluire, des suites d’horribles tortures. Ou, tel le général Delestraint, chef de l’Armée Secrète, arrêté, déporté et fusillé à Dachau.
Puis le 9 février 1943, pour « reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui, en France, dans l'Empire et à l'étranger, auront contribué à la Résistance du peuple français contre l'ennemi et contre ses complices depuis le 18 juin 1940 » le général de Gaulle, devenu le chef de la France Combattante, crée la Médaille de la Résistance. Décoration attribuée, sur proposition par une commission présidée par le chancelier de l’ordre de la Libération, à 62.751 personnes dont 24.463 décernées à titre posthume à des résistants morts au combat, fusillés, morts en déportation ou en détention, voire morts des suites de mauvais traitements infligés lors des interrogatoires ou au cours de leur déportation.

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1 La dernière lettre de Pierre Ruibet : « Ma chère petite maman, Ma lettre va vous faire bien de la peine. J’ai été désigné pour faire sauter la carrière. J’avais posé des mines qui n’ont pas fait leur effet. J’attendais quelqu’un qui n’est pas venu. Il est de mon devoir de tout détruire, tant pis, je vais y mettre le feu, je suis bien décidé, seulement il y a beaucoup de chances que j’y reste. Cependant, je tenais à la vie, mais je fais passer mon pays avant mon bonheur. Je vous embrasse tous : Adieu. Vive la France ! … Pierrot ». En décembre 1944, selon un décret du Général de Gaulle, la Croix de la Libération est décernée à titre posthume au sous-Lieutenant Ruibet Pierre, âgé de 19 ans.
2 Stock correspondant à 120 trains de munitions.

3 STO décidé par Vichy en 1942.

4 Comme, par exemple, au Vercors, en Juillet 1944, les circonstances ayant forcé le commandement dès le début juin à boucler le massif et passer de fait à la tactique de la confrontation directe, combien cette dernière a été meurtrière. Et la répression selon la méthode de la terre brulée appliquée par des unités spéciales venues de l’Est barbares et brutales (Au total 841 morts dont 201 civils).

LES PRÉSIDENTS DE L’A.N.M.R.F

Afin de donner des visages aux porteurs d’une ou deux de ces décorations ayant participé à diverses formes de Résistance, retenons le parcours résistant des 6 Présidents successifs (de 1947 à 2014) de l’Association Nationale des Médaillés de la Résistance Française (ANMRF). Tous les 6 étaient évidemment médaillés de la Résistance Française, mais deux d’entre eux étaient aussi Compagnon de la Libération.
Concernant l’A.N.M.R.F, Michel Decam, assistant à une réunion amicale, se souvient qu’en 1966, Claude Bouchinet-Serreules ayant échappé à l‘arrestation de Caluire et assuré, le 22 juin 1944, l’intérim de Jean Moulin, déclarait, en parlant de l’A.N.M.R.F : « Notre association est fantastique. Ce qui nous réunit c’est une certaine idée de la France ». Le tout dit dans le sud tunisien, près de Zarzis, où demeure Jacques de Guillebon. Il y avait là Pierre de Vallée qui avait pris une balle dans un poumon lors du repli de l’Afrika-Corps et Octave Lhéritier qui, à la même époque, balançait sur elle quelques obus. Heurts de l’histoire et de la mémoire dans des lieux insolites. Et louange de notre association dont nos Présidents successifs méritent tous l’épithète de « Légionnaires » que le général de Gaulle, pourtant chiche de compliments, a accolé à la citation de Claude Hettier de Boislambert lorsqu’il l’a déclaré Compagnon de la Libération. 

CLAUDE HETTIER DE BOISLAMBERT (1906-1986)
Président de l’A.N.M.R.F de 1947 à 1962

Propriétaire exploitant agricole, ce lieutenant de réserve, cavalier polyglotte, se retrouve après une campagne de France émaillée de faits d’armes parmi les premiers à Londres. Boislambert connait l’Afrique comme zoologue, ethnographe mais aussi comme grand chasseur. Le général de Gaulle le charge d’accompagner René Pléven et Leclerc dans la mission de ralliement de l’Afrique Française « à la cause des aventuriers », ainsi que l’exprimait Winston Churchill. Après une succession d’évènements héroïques et mouvementés, dont une évasion, retour à Londres grâce au réseau Alliance début 1943. Dès le débarquement il organise et contrôle les missions de liaison qui mettent en place l’administration française. Puis ce sera l’épopée qui le conduira de la Rhénanie au Mali, à Dakar… Le 25 janvier 1945, il est nommé Président de la Commission Nationale de la Médaille de la Résistance Française1 et, le 2 juin 1947, aidé en particulier par Henri Bailly, il dépose les statuts de l’A.N.M.R.F en 1947 et en devient le premier Président avec, comme Vice-Président, le général Baucheron de Boissoudy et comme membres, Jean-Pierre Bloch, Marie-Madeleine Fourcade, René Malbrant, Pierre Mazaud, Yvon Morandat… Nommé chancelier de l’ordre de la Libération le 22 août 1962, il devient Président d’honneur de l’A.N.M.R.F.

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1 Composée à l’origine de 4 membres (Claude Hettier de Boislambert, Antoine Bissagnet, Jacques-Emile Paris et Pierre Brossolette), la Commission Nationale de la Médaille de la Résistance était appelée à donner son avis sur chaque proposition d’un prétendant à cette décoration. Après le 1er avril 1947, date de forclusion, la Commission ne donne son avis que pour des distinctions à titre posthume concernant des déportés morts pour la France. Elle a aussi pour rôle de gérer les dossiers des médaillés, de recevoir les diverses demandes de renseignements concernant les titulaires de la Médaille de la Résistance et établit les diplômes attestant de l’appartenance aux médaillés. Cette commission est aujourd’hui (2015) présidée par le colonel Fred Moore entouré de Mmes Liliane Schroeder, Charlotte Nadel et Lisa Graaf et de Mrs Charles Gonard, Lionel Boucher, René Groussard, Paul Burlet, Jacques Cristiani, Michel Decam, Daniel Gieules, Pierre Morel et René Nicolleau.


GU
Y BAUCHERON DE BOISSOUDY (1908-1972)
Présid
ent de l’A.N.M.R.F de 1962 à 1972

Ce F.F.L, saint-cyrien et fils de saint-cyrien, rallie le Congo à la France Libre en prenant Brazzaville le 28 août 1940. Il accueille Edgard de Larminat, délégué du général de Gaulle, reprend un commandement qui l’amène aux combats de Syrie où après avoir failli perdre son bras droit au Gabon il perd sa jambe droite le 21 janvier 1941. A peine rétabli c’est l’Egypte et la Libye. Puis l’état-major du général de Gaulle l’envoie siéger à l’assemblée consultative provisoire comme représentant des F.F.L à Alger. Membre du Conseil de l’ordre de la Libération, il assure à partir de septembre 1944, la liaison entre le général de Gaulle et les 1ère D.F.L et 2ème D.B. En mai 1945, il est délégué des F.F.L à l’assemblée consultative provisoire à Paris, puis député du Tchad et de l’Oubangui-Chari1 aux deux assemblées constituantes. Fatigué, il quitte l’armée et accomplit une brillante carrière civile tant à Péchiney qu’à Thomson-Houston. Il décède le 22 avril 1972.

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1 L’Oubangui-Chari est un territoire français en Afrique centrale entre 1903 et 1958. Colonie, puis territoire d'outre-mer de la République française en 1947, il devient, sous le nom de République centrafricaine (RCA), un État membre de la Communauté en 1958, avant d'accéder à l’indépendance le 13 août 1960.

Après deux Présidents, Compagnons de la Libération et F..F.L ayant participé à la Résistance Extérieure, le troisième Président va être un Résistant Maquisard.


CHARLES ARNOULD (1901-1987
)
Président de l’A.N.M.R.F de 1972 à 1987


C’est aussi un lorrain, fils d’un saint-cyrien mort à la tête du 44ème bataillon en 1914. Il est lui-même saint-cyrien tout comme son frère
Emile, capitaine à la 1ère D.B, mort au combat le 25 novembre 1944. Charles Arnould est une figure de proue de l’O.R.A.1 Sous l’autorité de Gilbert Grandval, chef régional F.F.I de la région C, il prend le commandement d’un important maquis vosgien, le maquis de Grandrupt qui affronte des unités allemandes d’élites. Pour éviter aux populations prises en otages de sanglantes représailles, il se rend avec ses hommes, exfiltrés de tous les pères de famille, contre la promesse d’être considérés comme prisonniers de guerre. Promesse non tenue. La déportation pour tous. Pour Charles Arnould c’est Dachau où, avec Edmond Michelet, il accomplit « mille actes de foi » auprès des déportés résistants. Il est libéré en 1945. Après avoir laissé un souvenir de prestigieux chef militaire en Tunisie, près de Bourguiba, il œuvre dans tous les secteurs où la mémoire des quatre années de lutte est expliquée et conservée. Fatigué et ayant laissé la présidence de l’A.N.M.R.F, il décède le 29 octobre 1987.

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1 L'Organisation de Résistance de l'Armée, O.R.A., fut créée le 31 janvier 1943 (à la suite de l'invasion allemande en zone « libre » en novembre 1942), et regroupait d'anciens militaires français déterminés à résister de façon active contre l'occupant de la France. Fondée par le général Frère (déporté et mort au Struthof le 13 juin 1944), elle fut ensuite dirigée par le général Verneau (mort à Buchenwald le 14 septembre 1944), puis par le général Revers, qui avait pour adjoint le général Brisac. L’ORA se développa rapidement en zone Sud, grâce aux cadres et à l’armement camouflé par l’Armée d’armistice quand celui-ci n'avait pas été remis aux Allemands. Reconnaissait, à l'origine, le général Giraud comme son chef nominal, elle fusionna, en février 1944, avec l’Armée secrète (A.S) et les F.T.P pour former les F.F.I, tout en conservant son autonomie.


JEAN JACQUES DE BRESSON (1920-2004)

Président de l’ANMRF de 1987 à 2004

Conseiller d’Etat, collaborateur du général de Gaulle. A 21 ans, il entre en Résistance1. A la Libération, près de Jean Foyer, il devient secrétaire de la commission des recours en grâce. Ce juriste de droit international va être l’un des négociateurs des Traités de Rome. Au retour du général de Gaulle, en 1958, il sera successivement (et entre autres, tant le parcours de ce haut fonctionnaire est impressionnant !) membre du secrétariat général de la Présidence, directeur du cabinet d’Alain Peyrefitte au ministère de l’Information ainsi qu’à celui de la Recherche scientifique. Directeur général de l’ORTF2 de 1968 à 1972. Il sera aussi Président de la commission des réfugiés et apatrides de 1986 à 1997. C’est, sous son mandat à la tête de l’Association qu’il a été décidé qu’en cas de disparition de l’A.N.M.R.F, la pérennisation de la mémoire de la Médaille de la Résistance serait institutionnellement portée par les Communes et collectivités titulaires de cette distinction. Doté d’une intelligence exceptionnelle, Jean Foyer écrira à son décès en novembre 2004 « qu’il avait été un grand serviteur de l’Etat, lui dont le général de Gaulle disait que son érudition l’épatait ».

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1 Jean Jacques de Bresson rejoint la Résistance, début 1941, au sein d’un groupe du N.A.P (Noyautage des Administrations Publiques) formé au Parquet de la Cour d’Appel de Paris. Fin 1942, à Cambo les Bains, le long de la frontière espagnole, il fait partie d’un réseau de passage dont la filière permet de rejoindre Londres. En 1943, il effectue diverses liaisons entre les maquis de Corrèze et de Savoie tout en fournissant des renseignements militaires. Début 1944, en tant que membre du comité « Front National » du Ministère de la Justice, il participe à la mise au point du plan de libération de la Chancellerie et prend part à cette opération, déclenchée le 19 août 1944, tout en effectuant plusieurs missions de liaison et de renseignement durant les combats pour la libération de Paris.
2 Office de Radiodiffusion et Télévision Française. En 1968, la télévision ne propose que deux chaînes publiques. La nomination, par le gouvernement, de Jean-Jacques de Bresson, à la tête de cet organisme, a pour but de gérer les délicates retombées de Mai 1968.


OLIVIER DE SARNEZ

Président de l’A.N.M.R.F de 2004 à 2013

Déjà secrétaire général de l‘A.N.M.R.F, Olivier de Sarnez devient Président en novembre 2004. Né en 1927, il est le symbole de ceux qui sont entrés en Résistance très jeunes, puisque c’est à 13 ans qu’il fait partie, avec ses ainés du lycée Saint-Louis, de la manifestation de la jeunesse du 11 novembre 1940 à l’Arc de Triomphe.1 A 15 ans, il est agent P12 au réseau « Jean Marie » du colonel Buckmaster. En juin 1944, il intègre « Défense de la France » qui crée, dans la forêt de l’Isle-Adam, un maquis où on le retrouve participant, le 29 juillet 1944, à l’attaque du pont de chemin de fer d’Argenteuil (action pour laquelle il recevra une citation). Puis le 13 août, dans l’attaque d’un convoi allemand mettant hors de combat quatre soldats, et le 16 août place de l’Opéra où, avec l‘aide d’un sergent de la 2ème D.B, ils capturent 150 allemands de la Kommandantur. Il est cité3comme "bel exemple pour les jeunes générations".. Poursuivant ses études, il devient ingénieur du Génie Maritime puis est diplômé de Burgers (USA). C’est un conseiller précieux pour les entreprises comme pour plusieurs cabinets ministériels. En 1968, il est élu député en Seine Maritime où il a des attaches familiales. Très actif dans le milieu associatif et près des Pouvoirs Publics, il œuvre avec succès afin que l’appel du 18 Juin 1940 devienne Fête Nationale. Après des mois de souffrance il meurt d’une longue maladie le 8 avril 2013.

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1 La manifestation du 11 novembre 1940 est une manifestation de lycéens et d'étudiants ayant eu lieu à Paris, sur les Champs-Élysées et devant l'Arc de triomphe de l'Étoile en commémoration de l'armistice du 11 novembre 1918. Rassemblant plusieurs milliers de personnes et durement réprimée par les occupants nazis, elle est considérée comme un des tous premiers actes publics de résistance à l'occupant en France après l'armistice du 22 juin 1940 et l'appel du 18 juin.
2 Les Résistants intérieurs, membres des réseaux, se répartissaient entre « P0 » (Agent répertorié qui travaille pour la résistance occasionnellement), « P1 » (Agent de renseignement ou responsable qui travaille pour la résistance d'une manière habituelle), « P2 » (Agent de renseignement ou officier responsable qui travaille en permanence pour la résistance).
3 Citation à l'ordre de la Division du 07 décembre 1946 


LUCIEN DUVAL

Prés
ident de l’A.N.M.R.F de 2013 à 2014

Lucien Duval engagé volontaire à 19 ans, en mai 1940, se retrouve incorporé dans les chasseurs alpins1 de l’armée d’armistice où il reçoit une instruction militaire sérieuse. C’est dans cette unité qu’il apprend l’annexion de la Moselle d’où il est originaire et où habite sa famille. Début 1943, recruté par André Virel, également chasseur alpin, avec qui il avait évoqué plusieurs fois le désir de rejoindre les F.F.L, il entre, le 1er février 1943, dans la clandestinité, à Grenoble où Virel est chargé de monter un secteur de transmissions radio avec Londres. Devenu « Henri » et immatriculé « CIAL 3103»2, il rejoint, sans qu’il le sache, un réseau de renseignements F.23 qui, pour l’envoi de ses messages d’activité en zone sud, constitue un important service radio au sein de la capitale dauphinoise. Virel, appelé à d’autres missions, Lucien Duval pénètre plus avant dans la connaissance de la structure de cette antenne radio (dénommée « KARTIAL »), dirigée par « Kardo » et qui aura jusqu’à 29 agents permanents P2 assistés de nombreux P1 et P0. Après quinze mois de déplacements pour trouver des lieux d’émission présentant une certaine sécurité, recruter de nouvelles équipes et aussi prendre des mesures de repli après chaque arrestation, il est arrêté à Aix les Bains, le 14 mars 1944, par la police française qui le remet à la Gestapo de Grenoble. Sa ceinture autour du cou reliée, tendue, à ses mains liées dans le dos, il subit plusieurs interrogatoires où il est frappé par plusieurs personnes avec leurs pieds, leurs mains et la cravache. Il s’en tient à sa version de randonneur à vélo cherchant du ravitaillement ce qui entraine la menace de la baignoire. Et le détermine à s’évader. Ayant fabriqué un cordon avec des lanières prélevées dans la toile de sa paillasse, il réussit à ouvrir la serrure d’une porte-fenêtre dépourvue de poignée et s’élance du 6ème étage, espérant de saut de balcon en saut de balcon arriver au sol. Mais, ayant trop présumé de ses forces, il lâche sa « corde » et, atterrit dans le toit d’un hangar sous le nez d’un garde qui, presqu’à bout portant, lui tire une balle dans la tête et le prive d’un œil pour la vie. Récupéré, il est en isolement surveillé puis conduit à l’hôpital. Très rapidement, par une fausse infirmière lui rendant visite, il rassure « Kartial » qu’il n’a pas parlé. A Paris, André Virel qui vient de s’échapper d’un convoi le conduisant en déportation, apprend l’évasion manquée de son ami et décide de le sortir de l’hôpital où il est sous bonne garde. Arrivé à Grenoble, il monte un commando de 4 personnes.4 Avec l’aide de plusieurs réseaux de Résistance, il trouve une voiture allemande, la munit de fausses plaques et des inscriptions habituelles aux voitures de la police allemande, récupère 4 uniformes allemands, des armes et un ordre de mission pour « officiellement » amener Lucien Duval à la Gestapo. Le 18 Avril, le commando entre en action. A la demande de confirmation de l’ordre de transfert formulée par les gardiens de l’hôpital, René Derel, de la police de Grenoble, répond qu’à la suite de sabotages, le réseau est perturbé et que ni le commissariat central, ni la Gestapo ne sont joignables. Le commando peut se retirer. Par la suite, René Derel, transfèrera Duval, dans une voiture de police, d’une cache hors de Grenoble à une autre en pleine ville où ses blessures seront soignées. Puis, ce sera, ensuite, le départ pour Poitiers où, après quelques semaines de repos, il rejoint l’état-major F.F.I de la Vienne. La Libération venue, il rentre à Paris où le, désormais, capitaine Duval se marie avec Jocelyne, la fausse infirmière (par ailleurs, une de ses porteuses de messages aux postes émetteurs) qui lui a rendu visite à l’hôpital, l’a soigné après son évasion et l’a conduit dans sa famille près de Poitiers. Démobilisé le 31 juillet 1945, il fait une brillante carrière à la société Sacilor. Très actif dans le milieu associatif, il entre au bureau national de la Fédération des Amicales de Réseaux de Renseignement et d’Evasion5. Vice-Président/secrétaire général de l’A.N.M.R.F de 2000 à 2013, il en devient le Président au décès d’Olivier de Sarnez et réalise les dernières formalités de dissolution de l’association. Décédé en avril 2014, Lucien Duval était aussi membre du Comité d’Action de la Résistance (C.A.R.), membre fondateur de la Fondation de la Résistance et secrétaire de la Commission Nationale de la Médaille de la Résistance Française.

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1 24ème BCA basé à Théoule sur Mer. Il sera chasseur alpin jusqu’au 28 novembre 1942 où l’armée d’armistice est dissoute.
2 « CI » de LuCIen et « AL » de DuvAL.
3 KARTIAL fait partie du réseau F2 créé, dès 1940, par d’anciens officiers polonais et dépendant de la French Section du M6. Il comprendra jusqu’à 2800 agents dont 739 agents P2.
4 Composé de lui-même, d’un déserteur autrichien Edgard Leckien et de 2 volontaires amis de Lucien Duval, Jean Maïer et René Reymond.
5 Vice-Président (1970-1984) puis Président de 1984 à 2000, où l’association est dissoute.

Article de Michel Decam et Paul Burlet - Février 2015