"PETITE" HISTOIRE DE LA PETITE PLACE SANS NOM

Article publié dans le n°94 de "La Gazette Brezinoise"

Prenez le plan de Brezins, visez B la partie ornée du rond jaune marquée 3… Juste en dessous… le dessin de la vieille église vous y êtes : la petite place sans nom s’y trouve. Elle est minuscule, mais son passé est riche d’anecdotes.

Souvenez vous, l’histoire est ancienne puisqu’elle remonte à 1457, date des premières archives concernant l’église qu’elle entoure 1.
Nos anciens se souviennent encore des dalles de tombes qui se trouvent devant la grande porte d’entrée (aujourd’hui murée) et la vieille cure au nord a connu beaucoup de locataires, puisqu’après le départ des différents prêtres qui l’occupèrent ce furent des religieuses infirmières (dont sœur Anne-Marie qui vit toujours à Saint Etienne de Saint Geoirs) qui prirent le relais en 1943 2. Jusqu’à la vente de la maison en 1952 à Mr et Mme Capdequi-Peyranère qui eux-mêmes la vendirent à Mr et Mme Barrat.

A l’ouest, la maison Joly autrefois édifiée par le général Vincendon pour y loger ses sœurs, lui-même occupant la grosse maison de style angevin qu’il avait achetée à un autre Vincendon, magistrat dont la propriété beaucoup plus vaste qu’à l’heure actuelle s’étendait jusqu’au Rival.
Cette demeure, quand le général décida de la faire vendre par maître Bec de la Frette, ne devait l’être qu’à quelqu’un habitant à plus de 50km de Brézins ! ce vieux général au caractère de chien avait une rancœur tenace à l’égard des Brézinois qui l’avaient « roulé dans le ruisseau » après une empoignade homérique.
C’est ainsi que la grand-mère de Jacques Le Coarer acquit le petit domaine pour 50 000 francs-or, pour répondre à la prescription du médecin lyonnais qui soignait l’emphysème de son époux lui recommandant l’air de la campagne. La commodité de la « prestation » ferroviaire de l’époque offrait le choix de huit trains par jour dans chaque sens pour rallier Lyon ! Avouez que c’était remarquablement desservi !!

L’inconnu de la place… C’est l’arbre de la Liberté planté à la Révolution : superbe marronnier à l’ombre duquel il faisait bon se reposer. Il fut coupé lors du 1er mandat de M. Joly pour goudronner la place.
A l’époque où l’église était encore en service, il faut se souvenir de l’habitude qu’avaient les hommes d’attendre à l’extérieur la fin des offices d’enterrement pour suivre le corbillard mené par René Vial. Si l’hiver, certains se réfugiaient aux cafés tout proches, l’été, beaucoup s’alignaient le long de la maison Le Coarer pour bénéficier de l’ombre et les enfants à l’intérieur pouvaient capter pas mal de commentaires.. d’ailleurs, nombre de bêtes se vendirent en ces occasions.

Lorsque la « chapelle de l’orgueil » (ci-contre) comme l’appelaient certains au village fut construite – comprenez l’église du haut – commença l’époque vers 1859 d’une division très prononcée entre le Bas et le Haut Brézins.
Lorsque l’église du bas ferma définitivement sa porte au culte, le bâtiment fut transformé en 1983 en remise pour les services techniques de la commune.

La rue de la Gutine ne résonne plus du claquement des galoches : les enfants ne se précipitent plus derrière la petite gare pour y admirer le montreur d’ours, les bohémiennes qui dansent au son de leur tambourin ou écouter le boniment de la vendeuse de chansons un sou.
On n’y entend plus le bruit particulier des chevaux de la maréchaussée : les gendarmes à moustaches coiffés de leur petit bicorne ne courent plus à la poursuite des fabricants d’allumettes de contrebande qui travaillaient surtout la nuit.
C’était en 1905, lorsque la mère de Julie, camarade de Fifine (Joséphine Roux) celle qui passait de maison en maison son grand panier sur la tête, proposant pièces de cotonnade et menue mercerie et l’on pouvait entendre Joseph Roux, le forgeron, l’apostropher : « Té sâ bian compta la Glaudine ! voutche in canon ? » Ce à quoi cette dernière répondait : « Et oua je volo bian » buvant « cul sec » d’une goulée le canon de vin, s’essuyant la bouche d’un revers de manche et réinstallant son « panaï » sur la tête pour repartir vers l’église, ses cotillons balayant le chemin.

En a-t-elle vu du monde cette petite place sans nom ?

Merci à Soeur Anne-Marie, Renée Barral et Jacques Le Coarer pour les souvenirs évoqués lors de nos rencontres.

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Notes

1 Cette église faisait probablement partie d’un petit monastère de moines. Lorsque la famille Le Coarer fit creuser une fosse septique, des ossements d’enfants furent trouvés. Ce monastère recevait de jeunes enfants destinés à devenir moines plus tard. Lors d’un branchement d’eau effectué en 86/87, d’autres ossements furent découverts.

2 Le soir de l’arrivée des religieuses en cette maison, explosait une bombe à la cure du haut Brézins ! Les carton,s n’étant pas encore ouverts, elles eurent fort envie de repartir aussit^tot ! Monseigneur Caillot, évêque de l’époque, les en dissuada.