Postface du Collège Jongkind de la Côte Saint André

En 2004, des élèves de 3ème du Collège Jongkind de la Côte Saint André vont participer au Concours annuel de la Résistance et de la Déportation. Ceci va aboutir à la rédaction d'un rapport intitulé "Résistants d'hier, Résistants d'aujourd'hui" (pour en découvrir l'intégralité cliquez ici !), à la redécouverte des plaques à la mémoire des membres du S.O.G tués durant la Seconde Guerre Mondiale, à l'apposition, le 7 mai 2004, d'une plaque souvenir et, les 1er et 2 juillet,  à un voyage à Parisils seront accueillis à la Chancellerie de la Libération par Paul Burlet et Lucien D:uval.

RÉCIT

 

A la Côte Saint André (38) lorsqu'un usager du collège Jongkind pénètre dans le hall d'accueil il passe nécessairement devant la plaque commémorative du SOG.
Chaque élève a pu voir cette stèle, mais l'a-t-il véritablement lue et regardée ?


Alors que, de toutes parts, la France fête le 60ème anniversaire des combats pour la Libération, l’association « La mémoire de Rose Valland 1 », dont l’héroïne stéphanoise était élève de cet établissement scolaire, a proposé au Principal Mr Jean-Louis Lopez de réaliser une opération qui permettrait de faire se rencontrer les élèves du moment avec un ancien élève (année 1942 !) de leur établissement : Paul Burlet 2 , originaire de Brézins (38), qui est actuellement Vice-président National des Médaillés de la Résistance, et réside à Paris.

 

Le projet d'établissement

Ainsi un « projet d’établissement» est né auquel tout le personnel enseignant a adhéré. Ce projet d’établissement était constitué de deux volets :

JOURNÉE DU SOUVENIR

Le Conseil d'Administration du collège décide d'organiser, le 7 mai 2004, une journée du souvenir pour commémorer les actes de Résistance d'anciens élèves du collège qui sont entrés en résistance dès novembre 1942. Au cours de cette journée toutes les classes de 3ème rencontreront des résistants, dont Paul Burlet, invité d’honneur, pour appréhender et comprendre leur entrée en Résistance.

L'après-midi, des débats se feront autour du thème " Résistant hier - Résistant aujourd'hui " en prenant appui sur la phrase de Lucie Aubrac " La résistance se conjugue au présent ".

L’après midi tous les cours seront suspendus afin que les élèves assistent à la pose d'une plaque commémorative à côté des deux plaques existantes dont l'une a été offerte au collège par Paul BURLET le 1er septembre 1945. Cette nouvelle plaque portera l’inscription suivante :
" 7 mai 2004 En reconnaissance à ceux qui ont mené les combats pour la liberté, l'égalité, la fraternité, Les élèves et personnels du collège Jongkind "
Encadrant les discours, la chorale du collège chantera le "Chant des Partisans" et la "Marseillaise".

  • Préalables à la journée

La guerre 39-45 (au programme des classes de 3ème). Les professeurs d'histoire évoqueront les faits de l'histoire locale, l'action de résistants locaux et de Rose Valland, la création du S.O.G par leurs aînés du collège de la Côte St André. Chaque classe de 3ème aura assisté à la projection du film « Au Revoir les Enfants » de Louis Male dont le thème est celui de la persécution des juifs. Toutes les autres classes auront connaissance des dates et faits de l'histoire locale et nationale pour annoncer l'évènement. La Chorale du collège et les classes de 6ème prépareront " le chant des Partisans " et " la Marseillaise "

  • Programme de la journée

Matinée
Pour toutes les classes de 3eme du collège et la 3ème professionnelle du L.P de la Bièvre : Témoignages par des résistants de la première heure (7 débats prévus).
Midi
Repas commun anciens résistants et acteurs de militants d’associations
Après midi
Débats sur le thème : Que signifie « être un résistant aujourd'hui ? »
Ces débats destinés aux élèves de 3ème réuniront Résistants et membres des associations (Association Française des Myopathes, Handicap International, Secours Populaire, Médecins sans Frontière, Secours Catholique, Banque alimentaire, Restos du cœur, Croix Rouge, Fédération Française handisport) Les débats, auxquels les parents pourront participer seront animés par un professeur.
15 heures
Rassemblement de tous les élèves dans la cour du Collège Jongkind
Inauguration de la plaque commémorative
Discours
Chant des Partisans, Marseillaise par la Chorale du Collège

CONCOURS : LE "DEVOIR" DE MÉMOIRE

Dans le cadre des commémorations de la Libération, le Foyer Socio Educatif du Collège Jongkind de La Côte Saint André organise, à l’intention des élèves du collège, un concours ayant pour titre : Le « DEVOIR » de MEMOIRE.

  • Thème

Sur quelques murs des maisons de nos villages est apposée une plaque de marbre. En bordure de certaines routes, au croisement d’un chemin : un monument est érigé… Dans la pierre, quelques noms gravés portent témoignage de l’engagement des hommes. Un tel, dont le nom nous est étranger, fut ici fusillé. Un autre, là, en embuscade est tombé. La réalité révélée, crue et brutale, des noms sur la pierre, nomme une réalité que nous pouvons redécouvrir.
Qui étaient ils ? Que faisaient ils à ce moment où leurs vies furent sacrifiées ? Dans quelle action étaient ils engagés, peut on en restituer le récit ? Certains témoins peuvent ils, pour nous, se remémorer et dire ce qui s’est passé là ?
Faisons en sorte d’éviter de laisser s’enfoncer et disparaître dans l’oubli des pans entiers de notre histoire
.

  • Règlement du concours

Après avoir repéré, identifié, une plaque commémorative, un monument … de son village, qui relate un fait ayant trait à la guerre de 1939 – 1945, chaque participant devra réaliser une plaquette souvenir sur les événements en question. Cette plaquette pourra s’appuyer sur des documents d’archives ( mairie, documents familiaux…), des enquêtes réalisées auprès de témoins qui ont connu les événements. Il s’agira d’identifier les personnes nommées sur les plaques, les monuments : Qui étaient ils ? Où vivaient ils ? Quels étaient leurs métiers ? Que faisaient leurs familles ? Etaient ils acteurs, otages … ?
Il conviendra évidemment de relater les circonstances tragiques qui ont motivé la pose d’une plaque ou l’édification du monument. L’identification exact du lieu où est apposée la plaque commémorative, le monument est indispensable
En conclusion il faudra décrire le mieux possible le rôle que jouaient, dans la période si troublée de la guerre, les personnes dont le souvenir est gardé par la pierre.
Ces récits, personnels et singuliers, ajoutés à tous les autres, composent notre HISTOIRE.

  • Récompenses

Le jury 3, dont les décisions sont souveraines, déterminera un classement parmi les contributions qui lui seront soumises. Ce classement donnera lieu à l’attribution de récompenses. Pour tous les participants : remise d’un recueil réunissant l’ensemble des contributions. Ce recueil constituera, pour le secteur de la Côte Saint André, un ensemble de points de repères sur l’histoire locale et pourra permettre une recherche plus approfondie, par la suite, au sein du collège. D’autre part le jury, à la création du projet, envisage un déplacement collectif des participants sur un lieu de mémoire afin de remercier chacun ayant choisis de réaliser ce travail volontaire. Différentes hypothèses sont émises (maison des enfants d’Izieu, Paris, plages du débarquement de Normandie) mais des études complémentaires relatives aux budgets seront réalisées pour faire un choix.

La journée du 7 mai 2004

Le collège est pavoisé. Les drapeaux déposés par les anciens combattants et résistants donnent de la gravité aux déroulements des activités de la journée. Une exposition regroupe affiches et documents d’époque. La salle où se déroule l’exposition devient un lieu de rencontres où les anciens rappellent les noms de vieux camarades, et échangent commentaires et souvenirs sollicités par des visiteurs jeunes ou moins jeunes. L’émotion est palpable, les anciens sont touchés par l’intérêt et la gratitude que témoigne la jeunesse du collège.
Voici en quels termes la presse locale se fait l’écho de la cérémonie qui s’est déroulée au sein du collège ( Le Dauphiné Libéré du dimanche 9 Mai 2004 )

"Le Collège Jongkind a organisé le 7 mai une journée commémorant l'anniversaire de la libération qui avait pour ambition de révéler aux collégiens l'acte de résistance de certains de leurs aînés qui, étant collégiens, sont entrés en résistance dès le 11 novembre 1942 en créant le SOG (Service d'Ordre Gaulliste).

Le matin, de nombreux résistants sont intervenus dans les classes afin de témoigner de l'engagement des jeunes dans la résistance. En début d'après-midi, des débats ont eu lieu réunissant, résistants, membres d'associations humanitaires et élèves autour du thème « résistants d'hier, résistants aujourd'hui », en prenant appui sur la citation de Lucie Aubrac « La résistance se conjugue au présent ».

En fin d'après-midi, en présence de Georges Colombier, député, Jo Man­chon, conseiller général, maire de la Côte-St-André, Robert Veyret, conseiller général, Jean-Pierre Bar­bier, président de la Communauté de communes du Pays de Bièvre - ­Liers, de l'adjudant Brudieux de la gendarmerie côtoise, de MM. Jac­quemon et Bafaro Inspecteur d'aca­démie et Inspecteur Pédagogique régionaux, Mme Castagné et M. Ro­bas, proviseur et proviseur adjoint du Lycée Hector Berlioz et des associations de résis­tants de l'Isère, Jean-Louis Lopez, principal du collège remerciait toutes les personnes présentes d'avoir bien voulu assister à cette émouvante cérémonie.

Puis Georges Colombier remerciait l'équipe édu­cative et les élèves pour cette initia­tive forte, en hommage à ceux qui ont combattu pour la France parfois au prix de leur vie. Il rappelait qu'à La Côte-St-André, le 11 novembre 1942, un groupe de résistance était créé par des collégiens et soulignait le caractère exceptionnel et symbo­lique de cet acte. Il disait également que le devoir de mémoire est indis­pensable pour comprendre le monde actuel, et qu'il faut rester vigilant et veiller au respect de la tolérance et de la fraternité. Il remerciait les professeurs d'avoir organisé cette rencontre entre deux générations, puis il nommait deux personnes qui constituent les mémoires vivantes d'une époque Mme Aubrac et Mme Rose Valland. Quatre collégiens prenaient la plaque et la déposaient afin que celle-ci soit scellée sur le mur de l'établissement, sur cette plaque est écrit : " En reconnaissance à ceux qui ont mené les combats pour la liberté , l'égalité et la fraternité. Les élèves et les personnels du collège Jongkind - 7 mai 2004". La chorale des 200 élèves du collège entonnait le chant des partisans, puis une vibrante marseillaise était reprise en choeur par toute l'assistance."

Rebondissement parisien

Malgré la réussite de cette opération, pour le personnel et les élèves du collège Jogkind et l’association « La Mémoire de Rose Valland », un des buts n’était pas atteint. La rencontre entre l’ancien collégien et les élèves du moment n’avait pu avoir lieu (Mr Paul Burlet étant retenu à Paris). Aussi fût-il décidé, comme récompense attribuée à tous les élèves qui ont participé au concours « le devoir de mémoire » d’aller à la rencontre de Mr Burlet à Paris.

Différents contacts furent pris et c’est avec enthousiasme qu’un prolongement au projet initial fut mis sur pied. Ce nouveau volet du projet n’aurait jamais abouti sans le soutien du représentant pour l’Isère de «l’Association André Maginot», Mr Louis Capecci, l’aide financière du «Souvenir Français» accordé avec l’appui de son Délégué général départemental, Mr Pierre Sarraz-Bournet. D’autre part, le Général de Percin 4 suggéra la présence des collégiens au ravivage de la flamme à l’arc de triomphe. Pour aboutir à une finalisation du projet, Mr Lucien Duval prit en charge plusieurs points de l’organisation et, en particulier, l’encadrement de la visite de la Chancellerie de la Libération et celle du musée de la Résistance

Ainsi, le 1er juillet, ce sont 22 élèves du collège Jongkind et leurs accompagnateurs, dont Mr Jean-Jacques Bourgey, (Principal adjoint, organisateur du voyage), Mme Dhien, Mr Vernier (enseignants) Melle Molière (éducatrice) et Mr Galliard (secrétaire général de l’association « La Mémoire de Rose Valland ») qui partaient pour Paris. Parmi les élèves, certains n’ont encore jamais foulé le sol de Paris, et aucun n’a mis en relation son voyage avec l’Histoire ou le patrimoine. Chaque étape de ce voyage est donc une découverte empreinte de surprises et d’émotions dont on lira les détails ci-dessous.

CHRONIQUES DU VOYAGE - 1er JUILLET 2004

  • Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin

Le matin du 1er juillet est consacré à la visite du Mémorial Maréchal Leclerc - Mémorial de la Libération de Paris- Musée Jean Moulin à Montparnasse. Le bâtiment, élevé dans le jardin Atlantique sur la dalle couvrant les voies de la gare, est un véritable triptyque des combats qui ont permis à la France de se libérer, avec l'aide des Alliés, de l'occu-pation nazie.
L'espace Leclerc/2ème DB rassemble un nombre important de documents et d'objets chargés d'histoire retraçant le parcours depuis l'Afrique.
L'espace Jean Moulin explique ce qu'a été la Résistance et le personnage extraordinaire que « Max » était ainsi que son oeuvre à l'aide de nombreuses photos et textes. A l'étage supérieur est présenté un mur d'images où défilent des quantités de photos et films « pris sur le vif » retraçant la Libération de Paris. Une salle contiguë étant consacrée à des expositions temporaires.
Un ancien de la 2éme DB, Mr Pegulu de Rovin, est le guide bénévole de la visite à l'espace Mémorial du Mal Leclerc. Il complète par des récits l'exposition sur l'épopée qui amena la 2ème DB jusqu'à la Libération de Paris, dont il avait été lui-même un des acteurs. Il narre par la suite l'occupation de l'hôtel de Ville, où il se trouvait encore au moment de la venue de Charles de Gaulle. Première rencontre, premier témoignage direct.

  • Visite à l’Arc de Triomphe

L'Arc de Triomphe, commencé à l'époque de Napoléon 1er et achevé au terme de 30 années de travail sous la Monarchie de juillet, constitue un ensemble architectural néoclassique remarquable par la qualité des sculptures (Rude, Cortot, Etex...) et par l'évocation de faits militaires relatifs à la Révolution Française et à l'Empire. En outre, la vue panoramique qu'offre sa terrasse permet d'évoquer l’histoire de l’urbanisation de la capitale liée à l'axe historique de Paris, aux travaux exécutés au siècle dernier par l'architecte Hittorf et à la remise en valeur de l'Avenue des Champs-Elysées par l'architecte Wilmotte.

  • Le ravivage de la flamme du soldat inconnu
















Lors des différents contacts pris pour aboutir à la concrétisation de notre voyage , le Général de Percin, président général du Souvenir Français, attacha « un grand prix » à la présence des élèves à la cérémonie du ravivage de la flamme à l’arc de triomphe. Cette suggestion forte fut pour nous un honneur et une invitation à une activité que nous n’avions pas imaginée. Nous concevions la cérémonie à l’arc de triomphe réservée aux grandes occasions et, tout au moins, à des personnalités. Ainsi, à la suite de la visite guidée du monument, nous attendons sur le parvis où repose le soldat inconnu sous la stèle aménagée à sa mémoire et à toutes celles des victimes des guerres. Mr Duval, informé de la tenue de la cérémonie nous y rejoint. Petit à petit deux autres délégations s’associent à nous, elles aussi composées de jeunes participants. Un cérémonial précis est observé. Un membres du Comité de la Flamme, nous accueille et ordonnance la cérémonie. Nous prenons place d’un côté de la Dalle Sacrée et les porte-drapeaux sont disposés en cercle sur la face ouest de la Dalle. Auparavant, le Commissaire et le Gardien de service ont fait mettre en place le drapeau de "La Flamme", le clairon et le tambour de la Garde Républicaine. Enfin, le Commissaire de la Flamme et les responsables des groupes présents ce jour, rejoignent la Dalle, leur remontée est accompagnée par la sonnerie "La Flamme". Les délégations sont alors invitées à déposer leur gerbe, puis en se plaçant à hauteur de la Flamme, le Commissaire transmet à Mr Duval le glaive en l'invitant à faire le geste de ravivage. Dans un geste de fraternité et de solidarité, une élève du collège Jongkind et un jeune écolier de la délégation de Paris saisissent avec Mr Duval le Glaive employé pour le ravivage de la flamme. Les responsables de délégation déposent chacun leur main gauche sur l’épaule de leur voisin jusqu’à celle de Mr Duval. La Chaîne de la solidarité est complète. Le ravivage s’effectue. La sonnerie "Aux Morts" retentit, les drapeaux s'inclinent, une minute de silence est observée. L’ensemble des jeunes et des adultes participants entonnent alors la Marseillaise. Les autorités et les responsables présents vont ensemble signer le Livre d'Or, puis dans un geste fraternel, saluer les porte-drapeaux, les Commissaires de la Flamme présents, les membres des Associations et les invités alignés le long de la Dalle. Tous se retrouvent au "pied" de la Tombe et les musiciens jouent l'hymne "Honneur au Soldat Inconnu". Ils sont ensuite raccompagnés aux chaînes par le Commissaire de service alors que la musique sonne "La Flamme". Les délégations sont alors invitées à signer le Livre d'Or. La cérémonie terminée les discussions vont bon train. Chaque élève a le sentiment d’avoir pris davantage place dans la communauté nationale et être devenu un peu plus citoyen. Un lien s’est révélé à eux. De plus, ce moment symbolique correspond à la période ou chaque élève achève sa scolarité au collège pour la poursuivre dans un lycée. Le signe est fort.

  • Rencontre avec la famille Kieffer 5

Notre lieu d’hébergement est l’auberge de St Denis dépendant de la municipalité. Mr Marcos, responsable de l’Auberge, connaissant le but de notre voyage, nous avait communiqué les éléments nécessaires pour prendre contact avec la fille du Commandant Kieffer. La soirée du 1er Juillet, après le repas pris en commun, est donc consacrée à l’évocation du rôle du Commandant Kieffer et de son commando lors des opérations du débarquement du 6 Juin 44. Mme Kieffer et son mari sont venus accompagnés de leurs deux filles. L’une d’elles, la plus grande, scolarisée en école primaire, a eu l’occasion au cours de cette année de commémoration de présenter à ses camarades son grand père et le rôle qu’il a tenu avec son commando. Ainsi est-elle venue avec des photos et documents mis en forme pour aider à la présentation et avec des effets et objets ayant appartenus à cet aïeul encore si proche. Ce témoignage vivant et passionné toucha profondément le groupe de nos élèves et la soirée s’acheva sur le tard.

CHRONIQUES DU VOYAGE - 2 JUILLET 2004

  • L’ Hôtel de ville de Paris

Accueilli par une conférencière du service du protocole, dans le salon des arcades, le groupe est conduit dans la salle de réception de l’hôtel de Ville. Un exposé historique sur l’édifice rappelle des pages de notre histoire de France. Chacun se souvient du choix de la nef comme emblème de la ville, de la décision de François 1er de faire construire un palais, … et peut admirer l’architecture intérieure et les peintures aux styles variés. Les regards jetés par les fenêtres de l’imposant bâtiment, la vue sur la Seine … permettent d’alimenter l’imagination au fil de l’évocation de la libération de la capitale.

  • La Chancellerie des Médaillés de la Résistance

Nous avons rendez vous boulevard de Latour Maubourg avec Monsieur Lucien Duval. Il est environ midi lorsque nous nous retrouvons et son accueil chaleureux devant la chancellerie de l’Ordre de la Libération nous met à l’aise alors que nous sommes touchés par l’honneur qui nous est fait d’être accueilli dans la salle du conseil de l’Ordre. Le repas est pris dans la salle à manger du restaurant des Invalides.

A 14h, le groupe des élèves et leurs accompagnateurs sont installés dans la salle du conseil de l’Ordre de la Libération. Pénètrent alors Messieurs Duval, Burlet et de Sarnez. Chacun des élèves se lèvent à leur arrivée et si les jeunes sont impressionnés par l’ouverture de ce moment de rencontre tant attendu, il semble que Mr Burlet soit également ému par le groupe d’adolescents de son pays d’origine, venu le rencontrer, et en attente de « savoir ». Des délégués des élèves offrent à leurs hôtes, en remerciement, des produits régionaux et remettent le recueil du travail de recherche auquel chacun à participé et qui constitue avec ses fragments une reconstitution (partielle) de l’histoire locale, de faits de résistance, pendant la guerre de 39-45. Mr Burlet (ci-contre à gauche) gratifie alors son assemblée d’un exposé sur l’histoire de la résistance en Isère et dans le Vercors qui permet aux élèves d’accroître leur fierté d’être originaire de cette région. Ils entendent les noms de douze des compagnons de la Libération natifs des communes qu’ils habitent eux-mêmes et les circonstances dans lesquels ces résistants se sont distingués. Mr Burlet cède la parole à Mr Duval, qui relate, à mots forts modestes, les circonstances de son arrestation à Aix les Bains en Mars 44 et comment, après avoir été interrogé et torturé par la Gestapo, puis mené une tentative d’évasion où il fut blessé gravement, un commando le libéra de l’hôpital de Grenoble.

Le programme organisé à notre intention contient la visite du musée de l’Ordre de la Libération. La visite guidée et commentée par le conservateur, assisté de Mr Duval captive profondément la totalité des jeunes visiteurs. Les vitrines où se succède l’évocation des hommes et des femmes, acteurs prestigieux des Forces Françaises Libres ou de la Résistance intérieure, renfermant des documents, des objets, des effets personnels leur ayant appartenu, livrent un témoignage saisissant. Les salles dédiées donnent à connaître en profondeur les sacrifices des Forces Françaises Libres, les rôles de leurs chefs et en particulier celui du général de Gaulle.
Le musée de la Déportation au premier étage est exploré en visite libre. Un sentiment de stupeur et d’incrédulité pénètre les jeunes élèves… Est-ce possible ? La réalité, révélée par les photos et documents, dépasse l’entendement. Chacun est saisi, bouleversé par la vision effroyable de pauvres êtres humains au corps décharné, au regard exorbité, vidé d’humanité, comme glacé d’humiliation. Est-ce possible ? On ne ressort pas indemne d’une visite au musée de la déportation. La plupart de nos jeunes visiteurs ébranlés, repèrent, comme une fenêtre ouverte sur la vie, un cadre au centre duquel fleuri un poème de Robert Desnos, qui par delà la barbarie, par delà l’inhumain trouve encore des paroles quand même humaines, qui semblent crier … qui crient : ne m’oublie jamais, et qui délivrent un message puissant d’espoir pour l’avenir :

J’ai rêvé tellement de toi
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres
D’être cent fois plus ombre que l’ombre
D’être l’ombre qui viendra et reviendra
Dans ta vie ensoleillée.
Robert DESNOS Térézin
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Abasourdis, mais plus riches de connaissances à garder et à transmettre, nous retournons dans la salle de réunion des compagnons de la Libération, attendus par nos hôtes. Pendant notre visite, il a été préparé pour chaque participant en souvenir de cette journée, des livres : Revue de la France Libre ( N° spécial du cinquantenaire de l’appel du 18 Juin), "Un Lorrain au service de la Croix de Lorraine" ( de Mr Duval ) qui sont offert à tous les participants. Chaque élève se fait alors un honneur de remercier Mr Burlet et Mr Duval. Des échanges, des discussions s’établissent, ponctués des indispensables photos souvenirs et Mr Duval (ci-contre à droite) est soumis à une séance de dédicaces de son livre. Pour l’association « La Mémoire de Rose Valland » et son secrétaire Mr Galliard le but recherché est atteint : la rencontre entre Paul Burlet, l’ancien, et les élèves d’une génération 60 ans plus jeune a eu lieu ! Le groupe prend alors congé des résistants qui leur ont réservé un accueil si plein d’attentions, chaleureux et bienveillant. Chacun exprime un profond sentiment de gratitude et ses remerciements.

La traversée de Paris

Pour achever notre périple à Paris il convient de le ponctuer par une visite panoramique aux principaux monuments de la capitale. Une promenade en bateau mouche permet, au fil de la Seine, de Notre Dame à la tour Eiffel, d’évoquer des épisodes de notre histoire. En passant devant le musée d’Orsay, celui-ci nous fait un clin d’œil particulier, puisque une reproduction d’une grande toile y est tendue, représentant un tableau de Jongkind, pour lequel une exposition de ses œuvres à lieu en ce moment.


Nota : la totalité du contenu (écrits et photos) émane des enseignants et élèves du collège Jongkind de la Côte Saint André (38)

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Notes

1 La mémoire de Rose Valland » ( www.rosevalland.com) Association loi 1901, Place Rose Valland, 38 590 St Etienne de Saint Geoirs. M. Maurice Gaillard secrétaire général.

2 Paul Burlet était élève de l’école primaire supérieure (collège Jongkind) de La Côte St André lorsque, le 11 novembre 1942, il décida avec d’autres camarades de créer une association le "S.O.G". (Service d’Ordre de Gaulle/Giraud) pour rentrer en Résistance contre le gouvernement de Vichy et ses hommes de main du "S.O.L". (Service d’Ordre de la Légion) inféodés à l’occupant nazi.

3 Un jury constitué de professeurs d’histoire, de membres du foyer socio éducatif, de membres de l’administration et d’anciens résistants apporte une aide au travail des élèves

4 Général de Percin : Président général du «Souvenir Français»

5 Le capitaine de corvette Philippe Kieffer est né à Haïti dans une famille française d'origine alsacienne. Officier de réserve interprète et du chiffre (ORIC) de la Marine nationale, sur le cuirassé Courbet, il participe à la bataille de Dunkerque avant de répondre à l'appel du général de Gaulle et de rejoindre les Forces navales françaises libres (numéro matricule: 13 FNFL 40). Très impressionné par les méthodes et les succès des commandos britanniques, il souhaite constituer une unité française de ce type. Dès le printemps 1942, il rassemble sous ses ordres une vingtaine de volontaires dans les environs de Portsmouth. Ces hommes formeront la Troop 1 des Bérets verts français. Promu lieutenant de vaisseau, puis capitaine de corvette à la veille du débarquement, le commandant Kieffer débarque en Normandie à la tête de ses hommes du 1er bataillon de fusiliers marins commandos, (prise du Casino de Ouistreham et du pont de Bénouville), il est deux fois blessé dès les premières heures des combats, le 6 juin.

6 Robert Desnos est arrêté un matin, le 22 février 1944 par la Gestapo. Il est d'abord emprisonné à Fresnes, puis interné dans le camp de Compiègne du 20 mars au 27 avril 1944. Il fait partie d'un convoi de 1700 hommes qui arrive à Auschwitz le 30 avril 1944. Il est ensuite déporté vers le camp de Buchenwald (12 au 14 mai 1944), puis sera déplacé vers Flossenburg le 25 mai, puis vers le kommando de Flöha, en Saxe (usine Messerschmitt). Le 14 avril 1945 sous la pression des armées alliées, le kommando de Flöha est évacué. Le 15 avril, 57 d'entre eux sont fusillés. Vers la fin du mois d'avril la colonne est scindée en deux groupes : les plus épuisés - dont Desnos - sont acheminés jusqu'à Térézin (Théresienstadt), en Tchécoslovaquie. A Térézin, hospitalisé et soigné avec des moyens de fortune, Desnos est reconnu par ses soignants : Josef Stuna et Aléna Tesarova. Celle-ci évoque ainsi l'instant où Desnos entendit prononcer son nom : « Le 4 juin, vers 5 heures du matin, un nom me rejeta dans l'avant-guerre : mon collègue, qui travaillait cette nuit pour la première fois à la baraque voisine de la nôtre, vint m'annoncer qu'il existait, parmi les malades, un certain Desnos. Comme on lui demandait s'il connaissait le poète français Robert Desnos, il répondit : « Oui, oui ! Robert Desnos, poète français, c'est moi ! C'est moi ! » Robert Desnos meurt le 8 juin 1945, dans le camp de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie.